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11 oct. 2026
8 min de lecture

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J’ai codé par passion, puis pour apprendre, puis pour l’argent, puis pour la notoriété. Ce n’est qu’à la dernière étape que j’ai compris la règle qui fait que la programmation paie : une fois les compétences acquises, ne développer que pour résoudre un vrai problème. Cinq étapes, une leçon.

Quand je regarde mon parcours, je n’ai pas codé pour la même raison chaque année. J’ai codé par passion, puis pour apprendre, puis pour l’argent, puis pour la notoriété, et enfin pour résoudre les problèmes des autres. Chaque étape a été nécessaire. Mais seule la dernière est celle où les gens paient, et il m’a fallu cinq étapes pour comprendre pourquoi.

Voici ce parcours, étape par étape, avec ce que chacune m’a appris.

1. Coder par passion : Buku My Class

J’ai commencé à programmer parce que c’était amusant. Faire exécuter à un ordinateur ce que j’avais imaginé ressemblait à de la magie, et j’en voulais plus. Mon premier vrai projet dans cet esprit a été Buku My Class, une application qui permettait aux élèves du secondaire de lire leurs notes de cours depuis n’importe où, où j’ai travaillé à la fois sur le frontend React et sur le backend entre 2018 et 2021.

Je ne pensais ni aux clients ni au chiffre d’affaires. Je me demandais si la fonctionnalité marchait et si je pouvais construire la suivante. C’est exactement à ça que sert la phase passion.

La passion, c’est ce qui vous fait passer un week-end sur un bug que personne ne vous a demandé de corriger. C’est comme ça que les fondamentaux rentrent.

Ce que ça m’a donné : les bases de la stack web, l’habitude de finir les choses, et la première preuve que du code que j’avais écrit pouvait être utilisé par des gens que je ne rencontrerais jamais.

Ce que ça ne m’a pas donné : la moindre idée de la façon dont un logiciel devient un business.

2. Coder pour apprendre et étendre ses compétences : KADEA et Upperz

La deuxième étape a été délibérée. J’ai pris des projets non pas parce qu’ils payaient le plus, mais parce qu’ils allaient me pousser.

À KADEA Academy, j’ai construit Attendacy, une application de gestion des présences pour une école de code, en Express.js et React. Un petit périmètre, mais de vrais utilisateurs chaque matin et un retour immédiat quand quelque chose n’allait pas.

Chez Upperz, en 2023, j’ai été développeur backend principal de Cobiz, une application de gestion des ventes, du stock, des clients et des factures. C’était la première fois que je portais le backend d’un système sur lequel une entreprise allait tourner toute la journée : les modèles de données pour les mouvements de stock, des factures justes à l’unité près, les comptes clients, des rapports qu’un patron allait vraiment lire.

Cobiz : ventes, stock, clients et factures dans une seule application

On n’apprend pas l’architecture dans un cours. On l’apprend la première fois qu’un mauvais chiffre sur une facture est de votre faute.

Ce que ça m’a donné : la conception backend sous contraintes réelles, la discipline d’être responsable de données qui comptent, et un premier regard sur la façon dont une entreprise pense son stock, ses ventes et ses clients.

3. Coder pour l’argent : AdminAtete

La troisième étape, c’était être payé pour son expertise. En 2023, j’ai travaillé comme développeur full-stack, en Express.js et Next.js, pour AdminAtete, une start-up technologique belge qui propose des services numériques aux entreprises, dont une application d’archivage de documents.

AdminAtete : numériser et organiser les documents d’entreprise

L’archivage n’a rien de prestigieux. C’est de la recherche, de la catégorisation, des droits d’accès, du stockage, et la garantie qu’un document classé aujourd’hui sera retrouvé dans trois ans. Mais c’est là que j’ai gagné deux choses à la fois.

La première, c’est l’expérience technique : des systèmes en production, la sécurité, la performance sur de vrais volumes de données.

La seconde comptait davantage : apprendre à répondre aux besoins d’un client. Pas ce que je trouvais intéressant à construire, mais ce dont le client avait réellement besoin, exprimé dans ses mots, livré dans ses délais. Un client ne paie pas pour une fonctionnalité. Il paie pour un souci qui disparaît.

Le client n’a jamais demandé une recherche plus rapide. Il a demandé à ne plus perdre de documents. La recherche était ma réponse, pas sa demande.

4. L’open source pour se créer une notoriété : Ever Teams et Ever Gauzy

À ce stade, j’avais des compétences et un peu d’expérience, mais très peu de gens le savaient. La quatrième étape a réglé ça.

Depuis novembre 2023, je travaille chez Ever Technologies sur deux plateformes open source : Ever Gauzy, une plateforme ouverte de gestion d’entreprise qui couvre l’ERP, le CRM, la GRH et la gestion de projets, et Ever Teams, une plateforme ouverte de gestion du travail et des projets. J’interviens sur toute la stack, en Nest.js, Next.js et React Native.

Ever Gauzy, la plateforme open source d’ERP et de CRM sur laquelle je travaille chez Ever Technologies

Deux choses se sont passées. D’abord, j’ai appris à développer en équipe sur des projets publics : des pull requests relues par des gens sur d’autres continents, des conventions qu’on ne choisit pas, du code qui doit rester lisible pour quelqu’un qui arrivera l’année prochaine. C’est une compétence différente de celle de construire seul.

Ensuite, mon travail est devenu visible. Un prospect n’a plus à me croire sur parole. Il peut lire mes commits, voir comment je gère une revue de code, et vérifier que je livre.

Ever Teams, la plateforme open source de gestion du travail et des projets

L’open source est le marketing le moins cher qu’un développeur puisse faire. On paie en commits, et le reçu est public.

5. Développer directement pour résoudre les problèmes des clients

Avec les compétences, l’expérience et la notoriété, je pouvais enfin faire ce que je voulais faire depuis le début : construire des solutions directement pour les gens qui ont le problème, et être payé par eux.

Safirisha a commencé comme une refonte de ce que j’avais vu chez One Stop Center, où les agences d’une entreprise de transport partageaient les informations sur les colis. L’original ne gérait que les colis. Safirisha est devenu une plateforme tout-en-un pour les entreprises de transport inter-villes : des colis suivis de l’expéditeur au destinataire à travers toutes les agences, des voyages planifiés avec des places vendues, des flottes et des chauffeurs affectés, et des recettes consolidées par agence. Le problème qu’il résout est simple à énoncer et coûteux à vivre : une entreprise de transport à plusieurs agences qui ne sait pas, en fin de journée, ce qui est parti, ce qui est arrivé, et combien chaque agence a encaissé.

Safirisha : colis, voyages, flottes et chauffeurs pour les entreprises de transport inter-villes

Masomo est un logiciel de gestion scolaire : inscriptions, présences, notes, frais et caisse, conçu pour continuer à fonctionner quand le réseau s’arrête, parce que les écoles qu’il sert ne peuvent pas compter sur une connexion stable.

Masomo : la gestion scolaire qui continue de fonctionner quand le réseau s’arrête

Adifile prend en charge la gestion administrative d’une entreprise : les documents, les procédures et les obligations qu’une société doit garder en ordre et pouvoir produire à la demande. C’est le descendant direct de ce que j’ai appris chez AdminAtete.

Afia est une plateforme de gestion hospitalière : dossiers patients, consultations et circulation de l’information entre les patients et les professionnels de santé, pour qu’une clinique sache qui a été vu, par qui, et ce qui a été prescrit.

Afia : la gestion hospitalière, du dossier patient à la consultation

Aucun de ces produits n’est sorti d’une séance de brainstorming. Chacun est un problème que j’avais déjà rencontré, en entreprise ou dans la vie quotidienne, et résolu comme ces entreprises m’avaient appris à le faire : partir du besoin, construire seulement ce qui est nécessaire, livrer avec du support, et facturer la valeur.

6. La leçon : une fois les compétences acquises, ne développer que pour résoudre un problème

Voici la règle que j’aurais aimé qu’on me donne à l’étape un.

Pendant qu’on apprend, on peut tout construire. Une application de chat, une to-do list, un clone de réseau social : ce sont des exercices, et c’est par les exercices qu’on acquiert les compétences.

Mais une fois les compétences acquises, ces projets cessent de vous aider. Personne ne paie pour la cinquième application de chat. Personne ne paie pour un clone de Facebook. Les gens paient quand vous regardez un vrai problème de leur quotidien et que vous le faites disparaître.

Les compétences sont le ticket d’entrée. Le problème, c’est le business.

Regardez les deux produits pour lesquels les gens ont payé le plus vite :

  • Cobiz a résolu un problème que tout commerçant connaît : savoir ce qu’il y a en stock, ce qui a été vendu aujourd’hui, qui doit encore de l’argent, et avoir une facture prête sans cahier ni tableur. Rien là-dedans n’était techniquement nouveau. Tout valait de l’argent, parce que ça remplaçait un souci.
  • Safirisha a résolu le chaos quotidien d’une entreprise de transport à plusieurs agences : des colis perdus entre agences, des places vendues deux fois, des chauffeurs affectés par coup de téléphone, et un gérant qui ne connaît la recette du jour que le lendemain matin. Là encore, rien d’exotique. Un problème très réel, et une entreprise contente de payer pour le voir disparaître.

Le schéma est toujours le même. Le problème est visible, il coûte au client du temps ou de l’argent chaque jour, et le client le voit disparaître dès la première semaine d’utilisation. Quand ces trois conditions sont réunies, monétiser n’est pas difficile. Vous n’avez personne à convaincre. Vous leur montrez leur problème, disparu.

Ce que je dirais au développeur que j’étais

  1. Codez par passion d’abord. C’est de là que viennent les fondamentaux.
  2. Puis choisissez des projets qui vous poussent, même s’ils paient moins. Les compétences se cumulent.
  3. Puis faites-vous payer pour votre expertise, et apprenez à répondre au besoin du client plutôt qu’à votre propre curiosité.
  4. Construisez en public. La notoriété est ce qui transforme des compétences en propositions.
  5. Une fois tout cela acquis, arrêtez de construire des exercices. Trouvez un vrai problème du quotidien et résolvez-le. C’est à ce moment-là que les gens paient.

L’écart entre le code et le business, ce n’est ni un diplôme ni une levée de fonds. C’est le moment où vous arrêtez de demander « qu’est-ce que je pourrais construire ? » pour demander « quel problème, que quelqu’un a déjà, puis-je faire disparaître ? »